Les tueurs d’innovation – ça ne marchera jamais

Fév 8, 2021 | Culture de l'innovation | 0 commentaires

Tueurs d’innovation. Comment contrecarrer les détracteurs d’un projet « innovant » ou « qui change les habitudes » ? Prenons un exemple au hasard : l’arrivée des Réseaux Sociaux en entreprise. Que ce soit pour le recrutement, l’identification des expertises, la communication interne, la relation client, bla bla bla. Sérieusement, je ne sais plus comment aborder le sujet sans voir ressortir les bonnes phrases toutes faites anti-changement.

Tueurs d’innovation et réseaux sociaux en 2 images

Pour conclure mes interventions sur les réseaux sociaux (recruter, vendre, collaborer et toussa), j’avais l’habitude de présenter cette photo en expliquant qu’en première lecture, il ne s’agit pas de s’inquiéter de sa visibilité en ligne. Pour le moment, le sujet est de mener une veille sur le sujet. Après tout, les choses pourraient être (seront) bien pires comme l’illustre la photo ci-dessous

ça ne marchera jamais pour les tueurs d'innovation

La réaction des tueurs de l’innovation en voyant cette photo est toujours là même ! Cela commence par une incompréhension  » Qu’est ce que c’est ? ». Puis, après une courte explication de ma part, les réactions se résument alors à : « C’est de la science-fiction ! Ca n’existera jamais, rien que pour des questions juridiques ! Et puis ce n’est pas dans nos valeurs de nous mêler de la vie privée de nos collaborateurs. Et puis… « 

Bon d’accord, je pousse le bouchon un peu loin car il y a peu de chance que cette photo devienne réalité. Mais n’empêche : réalité augmentée + reconnaissance faciale = nous y sommes déjà. Certes, ce n’est pas encore pour demain que n’importe qui pourra savoir le nom de ses voisins dans le métro. pourtant la technologie existe depuis 10 ans.

Après plusieurs présentations où ce slide finissait par faire oublier la présentation qui avait précédé, j’ai cessé de l’utiliser pour conclure sur une note plus rassurante. J’utilise désormais celle-ci qui représente le centre de recrutement de Deloitte à Neuilly sur Seine appelé « le 136 » :

Tueurs de l'innovation

Que les participants comprennent ou pas la parabole : « L’avenir des réseaux sociaux c’est la relation physique et non-virtuelle », il y a toujours des protestations !  « Nous ne pouvons pas faire ça, nous recrutons des ingénieurs, des caristes, des Bretons, …. pas des comptables. Et puis nous recrutons pour l’international. Et puis… » Bref, vous avez compris. Les tueurs de l’innovation.

Dans un cas comme dans l’autre plutôt que d’identifier ce qui peut servir de base à une réflexion. À la place de s’interroger sur un changement adapté des pratiques. Certains participants se concentrent sur le “Ça marchera jamais, car ça ne correspond pas à notre secteur, et puis d’abord, nous sommes une entreprise unique qui a des valeurs fortes”. Bon, avant de vous précipiter pour acheter le livre de feu Cynthia Barton Rabe, »The Innovation Killer », comprenons de qui il s’agit.

La règle des 15/15/70 ou la loi des détracteurs

Selon les principes de la sociodynamique, il y aurait dans les entreprises 15 % d’alliés, 15 % d’opposants et 35 % d’hésitants et 35 % de déchirés (et 28 % de nuls en calcul mental). La socio-dynamique a été développée par Jean-Christian Fauvet. Cet un ancien de Publicis devenu consultant chez Bossard. Pour les plus jeunes, c’était une boite de conseil mythique dans le conseil jusqu’à son rachat par Capgemini en 1996.

La socio-dynamique

Le terme de socio-dynamique signifie, le mouvement par les hommes. En résumé, pour faire adhérer massivement à une idée, il n’est pas nécessaire de convaincre tout le monde. Il y a un point de bascule. Celui-ci situé à peu près à un tiers du groupe. Ce qui permet de faire basculer le groupe d’un côté ou de l’autre. Dans ce but, penchons-nous sur la cartographie des alliés qui permet de mesurer l’adhésion ou la résistance des personnes impliquées. La théorie veut que l’on se concentre sur la conversion des hésitants en alliés. Et ne surtout pas essayer de convertir les opposants qui ne se trouvent sans doute pas dans une attitude constructive.

• Les alliés ou promoteurs : ils aiment le changement et sont fiers de voir leur entreprise prendre certains risques face à leurs concurrents. Ceux que Nokia appelle les “First Raisers.” – pour être les premiers à lever la main – sont essentiels dans toute stratégie d’innovation.

 Les hésitants ou indécis : ils ne sont ni contre, ni pour. Ils sont confortables dans le statu-quo actuel. Ils peuvent être convaincus par les alliés d’appliquer des changements grâce à l’utilité prouvée et la facilité de mise en oeuvre. Ils peuvent aussi rejoindre les opposants par amitié, par sens critique ou tout simplement par la démonstration qu’il s’agit du bon coté de l’argument.

   Les opposants ou détracteurs : il en existe plusieurs catégories. Ceux qui suivent le courant le plus fort, ceux qui se sentent menacés dans leur emploi, ceux qui sont francs et peuvent expliquer les raisons de leur résistance, ceux qui préfèrent se cacher en donnant un accord de facade. Bref, vous les reconnaissez souvent à leur TEM – Taux d’Excuses par Minute – qui est souvent très élevé.

L’argument préféré des opposants tueurs d’innovation : « On a déjà essayé, ça n’a pas marché ». « Notre culture est trop différente pour que ça marche ». « Oui c’est une bonne idée mais le management/RH/commercial/marketing ne voudra pas ». Leur objectif étant d’être plus nombreux pour faire blocage ils chercheront des alliés à leur cause et pour cela seront les premiers à expliquer leur point de vue aux hésitants.

   Les déchirés : ces derniers ne sont pas pour mais ne sont pas contre non plus. Ils trouvent de bons arguments des deux côtés et attendent que le vent tourne pour rejoindre le camp vainqueur.

Les règles de la socio-dynamique

Ne pas chercher à convertir les opposants bille en tête

Première chose à savoir, cette théorie veut que l’on se concentre sur la conversion des hésitants en alliés et qu’il ne faut surtout pas essayer de convertir les opposants pour 3 raisons :

  1. Vous risquez de vous éloigner de votre objectif en vous laissant entraîner par leurs objections. Ne cherchez pas à les convaincre. Leur avis est déjà fait et ils ont sûrement déjà basculé du rationnel à l’émotionnel.
  2. En leur répondant vous allez valoriser leurs objections aux yeux des autres.
  3. Vous risquez d’oublier les autres partenaires, qui ont pourtant besoin de votre écoute et de vos explications pour rejoindre votre cause.

Ne pas chercher à convertir les déchirés non plus

Seconde chose, si vous cherchez à convaincre les déchirés, vous perdrez également votre temps, parce que c’est un sous-groupe qui ne sait pas prendre une position tranchée et qui de suivra le groupe vainqueur quand la poussière retombera.

L’idée est de commencer à ramener les indécis vers vous. Puisqu’ils voient à la fois des inconvénients et des avantages à votre projet, il y a moyen de les faire basculer. Si vous arrivez à réduire leurs objections, éliminer leurs craintes, ils prendront position “pour”. Si, avec l’aide de vos alliés, vous parvenez à convaincre un peu plus de la moitié des indécis, disons par exemple 20% sur les 35%, vous totaliserez plus d’1/3 de l’effectif en votre faveur. Dès lors, le groupe des déchirés voyant un mouvement assez net se dessiner, aura tendance à “suivre le mouvement” et fera pencher la balance de votre côté, dès que vous passerez la barre des 50% ! Dès lors, vous aurez fait ce qu’il fallait pour mobiliser un grand groupe dans son ensemble, en ne vous concentrant que sur quelques cibles, les moins récalcitrantes.

Identifier les frileux du changement et les tueurs d’innovation

Attention, ne confondez pas les personnes résistantes aux changements des tueurs de l’innovation ! Les résistants du changement résistent à tout ce qui vient contrarier leur vie quotidienne alors que les tueurs d’innovation ne croient pas à l’innovation. C’est à dire que les tueurs de l’innovation peuvent être contre des choses qui ne les concernent pas ! Donc, oui, parfois, les deux se confondent, mais pas toujours. Ces opposants doivent être rapidement identifiés !

Il est évident que vous en connaissez déjà la plupart : ceux qui mettent en avant des arguments personnels et émotionnels donnant toute raison à leur immobilisme. Vous avez peut être tendance à faire avec, voir à les choyer par fidélité. Normal, avec eux se raconte l’histoire de l’Entreprise. Et puis certains tueurs d’innovation sont prévisibles donc inoffensifs. Il suffit de ne pas les impliquer pour les laisser demander de participer d’eux-mêmes.

Pourtant ils sont dangereux pour l’avenir de votre entreprise ! Ces tueurs d’idées dans l’œuf sont les assassins de la créativité et de l’innovation. Et là nous ne parlons pas des présentéistes* qui n’ont d’autre stratégie professionnelle que de faire le minimum de vagues. Nous parlons là plutôt des collaborateurs « Activement désengagés** » comme les nomme l’enquête « A worldwide study of employee engagement and wellbeing» menée en 2010 par Gallup.

 
* Le présentéisme couterait selon l’enquête Gallup BVA un temps improductif accumulé annuellement de 85 jours perdus par an et par entreprise en France.
** Les tueurs d’innovations sont plus actifs et appartiennent sans doute à la catégorie définie par Gallup des « Activement désengagés ». C’est-à-dire les salariés mal à l’aise dans leur travail, tendant à faire partager leur vision négative et susceptibles de lutter contre les intérêts de leur entreprise. Cette population  comprenait en 2010 28% des salariés français pour  un coût estimé en 2012 à 328 milliards de dollars rien qu’aux US !

Convaincre les tueurs d’innovation ?

En suivant la matrice de la sociodynamique la réponse est…non…car vous auriez à faire à des personnes qui ne souhaitent plus faire marche arrière et qui ne cèderont pas. Heureusement nous ne le croyons pas !
 
Il existe  plusieurs manières – décrites entre autre par le Docteur Sullivan – de réduire l’impact négatif de ces tueurs d’innovation sur l’organisation :
   Leur montrer les dommages qu’ils créent : réunir les détracteurs et leur montrer – à force d’exemples – des cas d’entreprises de votre secteur qui ont refusés de prendre action et qui l’ont payé très cher (faites vous plaisir : Polaroid, Kodak, Rover, Saab, …). Allez-y avec doigté car la plupart des tueurs d’innovation pense que leur prudence est utile et qu’il devraient être récompensés de mettre en avant la sécurité de leur entreprise ! #principedeprécautionde@#
•  Interdire de râler : avant de leur faire lire le livre de Christine Lewicki « J’arrête de râler », expliquez qu’il est légitime de se plaindre après avoir prouvé que la méthode mise en place ne réponds pas à ce qui était attendu (régler un problème, simplifier un process, réduire les coûts,…). Imposer la règle de ne jamais émettre de commentaires négatifs sans avoir proposé une idée alternatives. Râler pour râler n’est pas constructif et ne sert à rien !
  Retarder la critique: autre règle : Une nouvelle idée, process, méthode etc. ne peut être critiquée (selon la règle précédente) que lorsqu’elle a été complêtement présentée ou mise en place et testée.
 Limiter la critique : en demandant aux collaborateurs de toujours commencer par une remarque positive avant de critiquer négativement.
  Encourager le comportement constructifs: encourager et récompenser ceux qui identifient des façons de contourner des problèmes rencontrés dans la mise en place de l’idée/process/système en question.
 

Et enfin, interdire les réponses toutes faites

 
  Interdire les phrases toutes faites  : expliquer clairement qu’il est interdit d’utiliser les phrases toutes faites :
  • Nous avons toujours fait comme ça.
  • Ça ne marchera pas.
  • C’est pas mon problème.
  • On ne peut pas faire ça.
  • Nos clients, salariés, managers ne voudront/comprendront pas.
  • C’est trop cher…

Pour rendre cette interdiction ludique, créer un jeu de bingo pour leur montrer que ces phrases sont répandues, faciles et..creuses. Comme par exemple :

 

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