Je ne vais pas commencer cet article comme une plaquette de consultant.
En fait si, pour vous présenter l’évidence : nous vivons dans une période de concurrence brutale : tendances clients valables une semaine, marchés éphémères, lassitude de la politique, anarchie économique et pandémie mondiale menacent l’existence de miiliers d’entreprises quelles que soient leur taille et secteur d’activité.

Les industries sont touchées les une après les autres par ce que ceux qui aiment faire des catégories appellent des « disruptions ». Mêmes celles qui se pensaient intouchable ! En fait…surtout celles qui se pensaient intouchables puisque nous nous sommes tous crus intouchables.

De l’incertitude au chaos

En 1990, plusieurs termes militaires sont apparus dans le vocabulaire business : guerre de talents, autorité, engagement et VUCA pour ne citer que ceux-là. VUCA, passé plus inaperçu que les autres en France, est l’acronyme de Volatile, Uncertain, Complexity et ambiguity

  • Volatilité : hangements rapides, voir éphémères, d’une durée indéterminée mais simples à comprendre. C’est rester à jour qui est le plus difficile.
  • Incertitude : ne pas savoir ce qui va arriver et ce que le futur nous réserve. Des surprises imprévisibles sont possibles et doivent être attendues.
  • Complexité : trop d’éléments en mouvements dont les causes, effets et interactions nous dépassent par leur nombre.
  • Ambiguïté : la multitude de points de vues et d’informations disponibles rendent la compréhension du système confuses.

Mais voilà, la montée des startups (tout ce qui monte doit redescendre un jour) nous apprend que VUCA est dépassé : la volatilité est exacerbée, l’incertitude est “chaotique », la complexité est “exponentielle » et l’ambiguïté “disruptive”. Ce qui rend les challenges non seulement difficiles à relever mais avant tout…difficiles à identifier.

Avec l’épée de Damoclès économique en permanence au-dessus de nos têtes (Saint Attali priez pour nous…ou lâchez-nous les baskets) comme allez-vous réagir ?

  • Allez-vous rester figé par la peur et l’ignorance des possibilités qui sont encore disponibles ?
  • Allez-vous continuer à ignorer le problème ? Car vous n’avez pas le temps, et puis, les clients…
  • Allez-vous affronter les éléments torse-nu dans le brouillard ? Des tempêtes vous en avez déjà traversées, alors celle-ci ou une autre…
  • Ou allez-vous prendre les choses en main pour rassembler votre équipe pour vous tourner vers l’extérieur et l’inconnu ?

Voilà, je m’adresse à ceux qui sont prêts à aller de l’avant  au prix de remettre en question leurs valeurs, leur processus et leur mode de pensée. Je ne m’adresse pas à ceux qui commencent à sortir les sacs de sables ou à prier Sainte Geneviève pour que les barbares les épargnent.

Réinvention ou Transformation

On ne peut en vouloir à personne que dans cet environnement, entreprises, communautés et individus ne savent pas ni quand, ni comment, se réinventer. Voir même qu’elles doivent se réinventer.

Regardez ce qu’il s’est passé il y a quelques années, quand les jeunes recrutés ont commencé à avoir des attentes et désirs différents de leurs ainés : les plus anciens les ont jugés surprenant au mieux, ou déviants au pire.Leur solution : mettre davantage de pression sur le recrutement pour sélectionner des jeunes « comme il faut” avant d’appeler des « experts” pour les aider à manager (comprendre ici « gérer ») ces jeunes.

Je ne crache pas dans la soupe. J’explique.

Ceux qui ont eu ce réflexe ont cherché à maintenir ce que les Américains appellent “le statu quo”. Oui ok, les Romains aussi. Comme si l’état d’avant était le juste état. En d’autres mots, ça marchait comme ça avant et cela continuera de fonctionner comme ça après. Ce sont ceux-là qui sont les plus vulnérables car se remettre en question n’est pas un choix ! Je ne vais pas vous faire de liste à la Prévert des entreprises qui ont disparues – ou qui sont moribondes – suite à l’entêtement de leur dirigeant. De Virgin Mory Ducros, les exemples ne manquent pas de dirigeants qui ont réalisé un peu tard que le succès ne provenait pas de la découverte d’une formule magique.

C’est ce que Apple ou Coca cola sont en train de vivre à leur tour à force d’utiliser toujours la même formule et de rester centré sur le court terme et sur la sortie de produits de plus en plus prévisibles. L’Europe risque d’interdire certains édulcorant ? Hop, utilisons de la Stevia à la place. Nous avons créé une tablette ? Hop, proposons-là en petit modèle et en grand modèle.

Arrêtons-nous un moment sur Coca-Cola. Si début 2015 ses résultats devançaient les attentes des analystes – à 10,7 milliard de $ –  la plupart de ce résultat provenait en réalité d’une hausse des prix débutée en 2014 et d’un plan d’économie devant permettre réduire les dépenses de 3 milliards de dollars par an. Pas d’un développement des ventes, qui semblent être plutôt à la baisse d’environ 5 % !

On peut leur reprocher de faire de la cosmétique économique plutôt que de chercher à se renouveler. Ils jouent en défense plutôt que de se lancer dans une stratégie de transformation comme actuellement Kraft Foods qui commence à être cité comme cas d’école.

Il n’y a bien sur pas de formule à connaître qui permettrait de récolter le jackpot. C’est une cible mouvante qui se déplace de façon imprévisible mais qu’il faut parvenir à atteindre encore et encore alors que notre vue baisse et que des plus jeunes ayant une meilleure vue arrivent. Bon, c’est plutôt leur compréhension de l’époque, des nouveaux business models et de beaucoup d’acharnement qui permet à ces startups de plus en plus nombreuses – et éphémères- d’atteindre cette cible.

Et je peux vous en parler. J’ai fait partie de ces startups. En France, puis en Australie. Nous n’avions rien que l’ambition de prendre les modèles existants utilisés dans des entreprises connues pour nous les approprier, les retourner, et proposer à leurs clients une solution plus simple, plus rapide, plus connectée, plus facile à acheter et plus cool. Parfois, en proposant simplement le contraire de ce que nos concurrents proposaient.

A l’époque, je ne savais alors pas que proposer à des clients des produits, services ou solutions différentes s’appelait être disruptif.

Ce sont ces « changements de paradigme » pour traduire disruption en français qui peuvent nous permettre de prendre l’avantage sur ceux qui continuent en roue libre sur le braquet d’avant. La conservation de l’énergie à ses limites…

Réinvention ET transformation

Comprendre les différences entre transformation et réinvention, c’est mélanger la mécanique quantique et le bouddhisme.

Se réinventer part de l’intérieur. C’est retrouver ses valeurs pionnières pour leur donner un nouveau sens adapté au monde actuel.  La réinvention est permanente.
Se transformer part de l’extérieur. C’est une réaction à un changement (appelez ça mutation ou disruption à votre goût).

La transformation est un passage d’un état à un autre.

La réinvention est plus qu’une mode, une bonne idée ou le nouveau nom de “Transformation” qui lui-même remplace le mot de “Mutation” qui lui même remplaçait celui de “Changement”.

Ce sont 2 approches à mener de front. C’est un mouvement global – aussi important que l’innovation managériale – permettant de maintenir votre entreprise dans un flux constant d’écoute et de compréhension des changements en cours en maintenant ce que l’on commence à appeler la « Disruption Créative”. Merci à Jean-Michel Leralu et Laurent Baley dirigeants de Creapole – école de design à Paris – pour cette expression.

Ce qui est vraiment excitant à propos de la réinvention est que vous n’avez pas besoin de génies providentiels, d’experts internationaux, de consultant de haute volée ou d’un puits sans fond de cash pour vous réinventer.

Tout ce dont vous avez besoin est :

  • De vous souvenir d’où vous venez et pourquoi vos valeurs sont vos valeurs
  • D’avoir l’esprit ouvert. Vous ne voulez pas être un tueur d’innovation, n’est-ce pas ?
  • De créativité, rendue possible par la contrainte
  • De courage de mener cette évolution
  • D’engagement, car cette bataille ne se gagnera pas seule.