Réinventer le métier de consultant.

Mar 29, 2011 | Management | 7 commentaires

Lorsque je rencontre quelqu’un pour la première fois et qu’il, ou elle, me demande ce que je fais dans la vie, je suis bien dans l’embarras de faire simple. Une pirouette « euh..c’est un peu compliqué, tu as 5 minutes ? » ou une blague me permettent toujours de m’en sortir. Il m’arrive ainsi de me présenter comme nettoyeur d’écran de cinéma IMAX, écrivain pour fortune cookies, dessinateur de plan de station de ski ou inspecteur de dé pour le casino de Pougues les eaux… Bon, en vrai, j’ai inventé mon métier. Ni formateur, ni consultant, quelque part entre les deux. Voyons si je peux le décrire…

Ce serait tellement plus simple si j’étais « Consultant en RH » ou « Directeur du marketing », « Responsable commercial » ou même « Community Manager », pourquoi pas. Même si ces emplois sont un peu fourre-tout et ne signifient pas la même chose d’une entreprise à l’autre, leur dénomination est claire, nette et précise. En plus ça rassure et ça permet d’être payé à l’heure ou au mois… Malheureusement (ou heureusement plutôt), mon métier n’est pas d’être payé à l’heure mais de créer de la valeur pour mes clients, qu’ils soient entreprises, dirigeants, responsables RH ou communication, enseignants, consultants ou…étudiants (clients d’autant plus exigeants qu’ils ne paient pas).

C’est en discutant avec Christophe Blazquez lors d’une intervention à Pau que j’ai commencé à réfléchir à mon métier qui est plus une « Occupassion » qu’un job. Merci Christophe pour cet échange qui me permet aujourd’hui de pouvoir présenter les différentes composantes de l’emploi que j’ai créé. Bon, je n’en suis pas encore au Pitch Elevator (ou lancé d’ascenseur si vous voulez) mais ça avance.

Déjà, mon job ne consiste pas seulement  « à mettre en place » mais à concevoir. Pas seulement à expliquer mais à initier. Pas seulement à exploiter mais à expérimenter. Pas seulement à appliquer mais à inventer. Pas seulement à parler mais (surtout) à écouter. En tout cas, pas à avoir raison mais à partager une vision du monde. Certains diront que j’aide les responsables d’entreprises à rester en contact avec les tendances concernants leur activité en perdant le temps qu’ils n’ont pas toujours à consacrer à cela. Je « perds » donc mon temps pour en faire gagner aux autres.

Voici la liste de mes fonctions actuelles. Bon, j’ai abandonné la notion d' »Architecte RH » avec laquelle je me présentais en revenant d’Australie. Le flambeau de l’architecture RH a été passé depuis à Vincent Rostaing à Nantes…

Bon, vous noterez qu’il y a beaucoup de titres en anglais. Langue plus concise qu’en français…Si vous êtes allergique aux néologismes anglais je vous invite à cliquer ici, revenez ensuite.

D’abord, je dois préciser que je suis un Dasher, pas un Slasher. C’est à dire que je ne juxtapose pas des jobs qui n’ont rien en commun comme l’exemple donné dans l’article de l’express de ce consultant en immobilier/réalisateur/journaliste (/=slash) qui accumule les emplois pour pouvoir gagner sa vie. Mes occupassions sont toutes reliées les unes aux autres avec un tiret « – » ou « dash » en anglais.

Consultant ?

Pour être compris je suis encore obligé de me présenter comme un consultant. Pourtant, si mon job se rapproche de cette famille d’emploi ce n’est pourtant pas mon activité. Loin de là. Après plusieurs expériences – passées et en cours – en direction RH et en direction d’entreprises, je ne parle pas à un client en lui disant « selon les meilleurs pratiques » mais plutôt « J’ai fait cette conner…aussi alors je te conseille pas ! » en parlant de dirigeant à dirigeant ou de RH à RH.
Il y a aussi une notion de durée qui est souvent attachée au métier de consultant. Cliché ou pas, avoué ou pas, l’un des premiers objectifs des consultants (en plus d’apporter leur compétence, expérience, valeur, bla bla) est de rester chez leur client le temps que se réalise leur mission. Payés à l’heure ou au jour, mieux vaut que ce temps soit « conséquent ». Au contraire, mon job est d’initier et d’apprendre à faire, plus que de faire. Ce qui se traduit par plusieurs interventions de quelques heures et pas une intervention de plusieurs semaines, qui se prolonge. Je présente en détail cette différence dans un chapitre intitulé « L’anti-consultant ou Naked Consulting » dans mon prochain bouquin sur le métier de consultant/freelance qui devrait sortir d’ici le mois de Mai aux éditions Maxima sous un titre que…bon…passons.

Ass Kicker

Pour reprendre et détourner ce titre utilisé à Axa Equitable. Pour avoir un impact je pense que le lancement d’un projet d’entreprise – en plus d’être soutenu dans le temps – doit rassembler l’ensemble des acteurs de l’entreprise qu’ils soient directement concernés ou pas, être mémorable et appeler un chat un chat !  N’étant pas tenu par un seul client qui me nourrit, je peux me permettre de garder ma liberté de ton sans oublier que le premier client est l’entreprise dans son ensemble, et pas seulement ses dirigeants ou actionnaires. C’est en utilisant cette liberté que je me permets – avec la complicité des dirigeants – de dire tout haut que d’autres personnes de l’entreprise pensent tout bas. Il faut en finir avec les non-dits sources de rumeurs, de peurs et de perte de confiance. C’est d’ailleurs ce qui m’a valut le commentaire en bas de cette page.

Trend Hunter

Enfin un job traduisible en français par chasseur de tendances. J’hésite cependant entre « Chasseur » et « Casseur » de tendances car  je passe autant de temps à les identifier qu’à sélectionner celles qui ont un sens pour les entreprises. Chercher à identifier des tendances, sans être sociologue,  demande de se spécialiser au maximum et d’adapter les méthodes de réflexion appliquées par la mode au monde du management, recrutement, développement et plus globalement des RH et de la Gestion des Relation (ex-Gestion des Talents) dans un contexte international. Ce qui demande beaucoup d’innovation, d’audace et de courage car au delà des limites du bon goût (pour les tendances liées à la mode) et de l’éthique (pour les tendances technologiques) il y a dans notre domaine pas mal de limites légales.

School Whistle Blower

Lanceur d’alerte pour étudiant. Hum, mieux vaut le laisser en anglais celui-là. En intervenant en école de commerce ou d’ingénieur, je demande aux étudiants de me décrire la pire expérience professionnelle ou personnelle qu’ils ont vécus. Que ce soit un stage ou un job d’été, je leur demande de formuler ce qu’ils en ont tiré professionnellement et personnellement. C’est ensuite l’occasion de les faire réagir sur les clichés qui circulent sur la génération Y et de réfléchir à la façon d’y répondre. C’est aussi l’occasion de leur présenter les différences culturelles qu’ils vont rencontrer avec ceux qui les managerons et les différents style de management qu’ils rencontreront. Nous détruisons ensemble leur CV pour en faire des résumés utilisables sur les réseaux sociaux/ Nous parlons de leur avenir en temps que futur managers en les mettant à se manager..eux-mêmes pour comprendre la situation des personnes qui devront les manager…

Shifter

Etre un shifter n’est pas un métier, c’est un état d’esprit demandant de voir les choses sous un nouvel angle. De décaler l’action et ses propos en permanence. De faire des liens qui ne semblent exister que pour soi. De proposer des idées sans peur du ridicule.De prendre des risques sans inquiétude du lendemain… Les Shifters sont des iconoclastes qui luttent contre les croyances en proposant des idées nouvelles ou en rappelant des pratiques oubliées. Leur volonté est d’ouvrir de nouveaux choix dans un monde de plus en plus normé et étouffant. C’est la disruption adaptée au RH. C’est un style de management contre-intuitif. C’est surtout  le développement des valeurs de notre temps : liberté, échange et différence !

Et vous ? Votre métier, vous l’inventez quand ?

Crédit Photo :Estheticcore

Ces articles pourraient aussi vous intéresser 

7 Commentaires

  1. Marie Botté

    Encore d’accord avec toi Benjamin!!!
    Tous les jours je rêve de le réinventer mon métier mais quelle organsiation va pouvoir me le permettre???
    Où je peux VERITABLEMENT user de ma liberté et exprimer ma différence???
    Je suis en quête de cet idéal..

    ———-
    Bonjour Marie,
    Peut-être que pour cela dois-tu faire preuve de plus d’audace et suivre ton propre chemin non ?

  2. GUEDJ

    Bonjour,

    Alors comment dire…..? que j’adère à xxx% à ce que je viens de lire…. et pour cause !
    je suis manager dans le domaine informatique bancaire depuis un bon petit nombre d’années (15 ans) et je pense shifter depuis encore plus longtemps, mais il me fallait ces années de maturation pour c’est trop long pour ce soir!

    J’aimerai bien pouvoir échanger avec vous, mais j’ai besoin de voir, d’écouter, de ressentir les personnes avec qui j’échange ou pas…

    je repasserai surement…

    Rose-Hélène

    ———–
    Merci pour ce message.
    A bientôt alors.

  3. Domingo

    Bonjour, je trouve votre article vraiment très intéressant (et agréable à lire!). et je suis complètement d’accord avec l’idée de fond qu’il faut savoir réinventer sa vie et son métier. Cependant (et là je vous parle en consultant-manager d’un ex-big four dont je ne citerai pas le nom), le métier de consultant est aussi parfois un métier usant (cf je serai heureuse de savoir ce que vous allez mettre dans votre futur ouvrage à publier en mai) et difficilement compatible avec une vie de famille (je parle en particulier pour les femmes dont je fais partie). Cela fait maintenant 12 ans que je suis consultant et je veux sortir du conseil. Le problème, c’est que je suis uniquement chassée pour des postes de consultant!! Comment faire pour en sortir…sans avoir à réinventer complètement sa vie? Un post sur « comment sortir du conseil » après 40 ans serait intéressant à investiguer je pense.
    Amicalement
    Domingo

  4. Benjamin

    ————
    Si vous attendez que l’on vienne vous chercher il y a effectivement peu de chances que ce soit pour vous proposer un autre poste que celui que vous occupez avec des responsabilités.
    Maintenant, si vous souhaitez changer de carrière, voici quelques possibilités à suivre à vos risques et périls :
    1 – Arrêtez de répondre aux chasseurs de tête si vous souhaitez changer de secteur. La majorité d’entre-eux cherchent à vous placer rapidement et que vous restiez en poste. Ce qui explique pourquoi la plupart d’entres-eux s’intéressent beaucoup plus à votre passé qu’à votre avenir !
    2 – Prenez contact de ma part avec Hymane Ben Aoun de http://www.aravati.fr ou Alain Gavand de http://www.gavand-consultants.com qui s’intéresseront plus à votre potentiel et à vos désirs d’évolution professionnelle que la prime que vous représentez.
    3 – Et du coté de vos clients actuels rien de possible ? Je suis sur que vous connaissez de nombreux cas d’anciens collègues qui ont fait le pas. Surtout si vous souhaitez changer d’activité vous devez trouver des personnes qui vous connaissent et ont confiance en vous pour vous confier une mission qui sorte du rôle dans lequel ils vous connaissent.
    4 – Envoyez tout bouler ! Vous avez 40 ans, et alors ? Vous devrez sans doute le préparez un peu plus précisément votre plan d’action que lorsque vous aviez 20 ans mais qu’est ce qui vous retiens ?

    Je vais bientôt publier l’intro de mon book sur le métier de consultant… Merci encore pour votre commentaire

  5. Lecairn

    Merci benjamin pour la repriise de flambeau comme Architecte HQE RH mais comme toi j’ai du mal a rester dans une case , du coup le concept devrai evoluer bientôt vers architecte (que je garde car il va bien avec mon cairn , et qu’il est là pour conseiller et aider a construire) , je vais oublier la notion de RESSOURCES HUMAINES , l’aspect ressources me fait trop penser au monde minier et à ses connotations d’exploitations non raisonnée -cf « effondrement »

    J’hésite encore entre architecte EHR pour energie Humaine Renouvelable et quelque chose tournant autour d’architecte Ethologue de la performance collective (tu connais mon gout pour la notion d’ecosystème et l’analyse des comportements – remember : predation,symbiose, parasite… a discuter à l’occasion , je te reconnais volontiers une partie de la paternité du premier concept … pourquoi ne pas discuter du prochain !!!

  6. Lecairn

    BTW
    Brain Hacker t’irait pas mal non plus 😉

  7. GUEDJ

    Hello Domingo,

    j’ai 53 ans, consultant pendant 28 ans dans différents secteurs mais avec une forte d’odeur d’informatique.3 enfants, un mari, un chien , un poisson rouge …. je plaisante! Je peux maintenant
    Eh bien j’y suis il m’a fallu une année complète pour « sauter le pas » mais c’est fait j’ai tant apris pendant toutes ces années, j’ai tellement capitalisé, que je change de direction, reprise d’études, j’oublie l’informatique (enfin presque) et je me lance dans l’accompagnement de l’individu dans sa globalité, vie professionnelle + vie privée rt toutes les vies qui ne font qu’une !
    La question est  » si je pouvais tout envoyer bouler » comme le dit si bien Benjamin, ce serait pour faire quoi? posez vous la question « j’ai envie de faire quoi? » et peu importe ce qu’il ya autour, le quand, comment, ….

    Vous avez la réponse? Alors foncez….
    Vous pouvez le faire!!!

    Allez Domingo juste une petite heure en tête à tête avec vous même …!!!

    GO!!!!

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.