Résumé d’un entretien avec un étudiant de l’Essec sur l’activité de conférencier.

En quoi consiste l’activité de conférencier ?

Je relève que vous avez choisi le terme « activité » et pas « métier ». N’étant pas universitaire, je pense que faire de cette activité un métier peut être professionnellement dangereux s vous n’êtes pas professeur.

Je détaillerai cette activité en 3 parties distinctes : 
La création : Le plus long et le plus douloureux. Pour éviter d’avoir une « réflexion powerpoint » dans laquelle votre pensée s’engouffre dans un tunnel de slides ou une « conférence image » dans laquelle votre réflexion s’adapte à des images et pas le contraire, je construis mes interventions sur papier. Une fois l’argumentation et les enchainements élaborés, je passe à la création des slides et des transitions. Pour vous donner une idée du temps passé, je passe 1 semaine de travail pour 30 minutes d’intervention et remplace 20% des slides de mes interventions les plus populaires chaque année.
Le Marketing : J’aime beaucoup la comparaison avec la musique. Une conférence est comme un album, il y a l’enregistrement et la scène. Pour trouver facilement des engagements, vous devez faire beaucoup de scène pour profiter du bouche à l’oreille. En résumé, plus vous faites de conférences…plus vous faites de conférences. Spécial shout-out à mes agents qui s’occupent de mes bookings.
L’animation. Evidemment la partie de la plus visible et gratifiante de l’activité de conférencier. C’est ce qui m’étonne le plus dans cette activité. Vous êtes seul* pour construire l’intervention, choisir les photos et les exemples puis sans transition vous vous retrouvez devant une audience. 
*Ce n’est plus le cas. j’ai une approche « label indépendant » de la conférence. C’est à dire qu’entre la construction de la conférence (je personnalise toujours mes interventions) et la présentation au client, elle est testée auprès de mes associés et partenaires.  

Combien de conférences donnez-vous par an ?

Compliquée cette question car elle dépend des années, de l’actualité, de la sortie d’un ouvrage, de l’intérêt des sujets…et des mois de Mai.

En moyenne, je dirai entre 80 et 120 conférences par an avec le record personnel de 5 conférences en une seule journée.

Qu’est ce qui vous différencie des autres intervenants 

Il y a quelques années ma réponse aurait été simple : J’ai été le premier à transformer des conférences en interventions équilibrant le fond et la forme avec des vidéos et des slides extrêmement travaillés comportant un minimum de mots, voir aucun. Depuis la publication du livre de Garr Reynolds « Presentation zen » et la démocratisation des TedX j’ai largement perdu cet avantage. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour tout ceux qui assistent à des conférences. Les présentations « Powerpoint bullet points » ont pratiquement disparues et ceux qui les utilisent encore ont soit plus de 60 ans ou font partie d’un conseil d’administration.  

Je garde cependant une petite longueur d’avance pour garder l’engagement d’une audience ayant de plus en plus de facilité à baisser la tête pour regarder leur smartphone et terminer leur niveau de Candy Crush. Ma différence est la mise en scène que j’utilise, les enchainements de slides, les photos utilisées, le nombre d’heures de répétition, la façon de m’habiller qui est lié au sujet que je présente. Mais aussi ma capacité à ne pas me prendre au sérieux (voir la vidéo ci-dessous) et à creuser les histoires que je raconte pour dépasser l’histoire que tout le monde connait par la bouche-à-oreille (non, le succès du post-it ne tient pas à l’erreur d’un ingénieur mais au travail d’un commercial, non Alexander Fleming n’est pas un bon exemple pour illustrer la serendipité, etc.) et surtout je n’invente pas les citations que j’utilise et je cite les noms de ceux qui m’inspirent. Ce qui semble se perdre.

J’ai également une approche un peu différente dans mon approche des concepts traités. La plupart des conférenciers deviennent connus pour un sujet précis (Michaël Aguilar pour la vente), pour une idée (Pascal Picq pour l’homo-numericus) ou pour une expérience (Philippe Croizon). Ce faisant, ils ont une approche verticale d’un sujet qu’ils approfondissent années après année qui peut les rendre définitivement bloqué dans leur domaine (comme certains acteurs). Emmanuelle D. par la génération Y, Laurent C. pour la négociation, Isaac G. par l’entreprise libérée. D’ailleurs, certains en manque de réinvention, se retrouvent à donner la même conférence qui est disponible sur youtube. On retrouve cette approche notamment chez les académiques qui sont obligés de se spécialiser ou dans les « intervenants slideshare » qui se renseignement sur le web pour passer pour des « experts. Pratique dénoncéé par Ghyslaine Villain de L’Oréal Luxe dans l’article du monde de mars 2019 « Éclaireurs ou boussoles, pourquoi les entreprises raffolent de ce conférenciers ?« .

De mon coté j’essaie d’avoir une approche horizontale de mes sujets. C’est à dire que je m’intéresse aux changements sociétaux en cours et identifie leurs effets sur l’entreprise. C’est la raison pour laquelle, alors que mon sujet est l’innovation, je traite aussi du coté humain (créativité, curiosité, empathie…), Managérial (bien-être, collaboration, engagement…), sociétal (VUCA, transformation, générations…), économique (attention, recommendation,…) etc… Ainsi j’identifie ce qui change et trouve des liens avec ce qu’il se passe en entreprise pour ne pas m’arrêter à la constatation facile (l’éducation nationale tue la créativité ou l’entreprise a perdu le sens) et proposer des solutions concrètes et adaptées à la taille des entreprises présentent dans l’audience. C’est ce que j’essaie de prouver avec mes chaines Youtube « Benjamin Chaminade » et « No one is innovant » ou mes Podcasts « Iconoclaste » et « Startup autopsy« .

Je suis aussi différent dans la nature des exemples que j’utilise. En fonction de l’audience, de son âge, de son secteur, de sa culture ou de son statut professionnel je vais utiliser des exemples qui parlent au dirigeant australien, au cinqua breton, à l’ouvrier malaisien et au grand public en commençant par les situations que j’ai vécu en encadrant plus de 1000 collaborateurs (pas tous en même temps hein) et 800 clients dans une tripotée de pays. 

Enfin, une autre différence est peut-être mon humilité. Je ne me présente pas comme un gourou mais comme un témoin. Voir parfois comme une victime qui a essuyé les plâtres avant tout le monde. Bref, je suis le plus humble des conférenciers que vous pouvez trouver sur le marché….Et de loin ! 🙂  

Quelle est votre audience habituelle ?

Il n’y a pas de « habituel ». Je suis intervenu devant des militaires, des ministres, des députés, des collégiens, des managers, des dirigeant.E.s, des chirurgiens, des infirmer.e.s, des ingénieurs, des sportifs, des syndicalistes et même quelques prêtres. De 5 à 5000 personnes.

A la réflexion, je peux sans doute classer les audiences en 2 types :

  1. Les conférences fermées qui rassemblent les collaborateurs de la même entreprise. Leurs métiers peuvent-être différents mais ils ont au moins la culture de leur entreprise, ou une responsabilité commune (le management notamment). L’audience la plus facile pour un intervenant car ils ont le même objectifs. 
  2. Les conférences ouvertes qui rassemblent des profils hétérogènes aux attentes et centres d’intérêts divers et variés. Cette audience est plus complexe car elle ne partage pas de culture commune, ne vit pas forcément les mêmes problèmes et n’a pas non plus la même maturité d’un sujet. Ce qui fait que dans la même salle on peut se retrouver avec des personnes qui découvrent le sujet, d’autres qui en sont à leur seconde conférence sur le sujet, des personnes qui sont là pour networker et d’autres pour avoir une réponse précise à un problème qui ne concerne qu’eux. 

Quel est votre style d’intervention ? 

En fait j’ai 4 styles d’interventions en fonction de la demande du client, du format et du temps alloué. Je vous invite à lire cet article ou voir la vidéo. 

  1. Mise à jour. Dans ce cas mon intervention se concentre sur des exemples très concrets et adaptés au quotidien de l’audience. Evidemment, j’aurai au préalable parlé à plusieurs membres de l’audience pour connaître leurs questions et mesurer leur niveau de maturité sur le sujet. Depuis deux ans j’expérimente aussi les « 90% Q&A » dans lesquels mon intervention consiste à répondre aux questions de l’audience après une courte intervention dont l’objectif est de déclencher les premières questions. 
  2. Animer un moment faible. C’est à dire que mon intervention précède une soirée, un lancement produit ou la présentation des chiffres de l’année. Bref, mon intervention n’est pas le point fort de la journée ou de la soirée. Dans ce cas, je propose un spectacle dans lequel j’emmène l’audience dans une histoire mettant en scène les parcours méconnus d’innovateurs ou le mien.
  3. Inspiration. Ici la base de mon intervention est mon parcours. Les obstacles rencontrés et les leçons apprises. 
  4. Compréhension. Il s’agit ici d’une intervention pour présenter un sujet qui est complètement nouveau à une audience. Dans ce cas là le mêle storytelling avec outils concrets et exemples d’entreprises. 
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