Co-construire une conférence avec 400 personnes

Comment sortir des standards habituels des conférences selon lesquels « L’expert parle, l’audience écoute » ?

Voici comment j’adapte mes interventions à l’expérience et aux attentes de l’audience au lieu de les enfermer dans un déroulé linaire de slides.

Le constat

C’est juste une évidence, les clients ne demandent plus seulement une « expertise » mais désormais il veulent également un « format » de conférence qui devient de plus en plus courts et de plus en plus « interactifs ».

Il n’y a pas de raison unique à cette demande croissante, je pense que vous pouvez piocher dans cette liste :
a) Ils ont été déjà pris en otage par une intervention chiante et interminable
b) Ils ont découvert récemment le format TED et trouvent ça moderne
c) Ils ont le temps d’attention d’un poisson rouge (ou vert ou bleu)
d) Ils cherchent un « intervenant intermède » qui égaie l’assistance entre la présentation des résultats trimestriel et le groupe de travail sur la concurrence chinoise (ou entre la poire et le dessert)
e) All of the above

On veut du court, on veut du spectacle, on veut du fond, on veut l’expert à la mode, mais surtout on ne veut pas se faire ch..

Les conférenciers professionnels…

Je ne parle pas ici de ceux et celles qui ont parlé devant l’amicale des anciens élèves de leur école ou qui ont fait une présentation devant leur directeur des ventes. Je parle des pros qui gagnent une partie non négligeable de leur salaire avec leurs interventions.

Je ne parle pas ici des « experts minutes » – ces généralistes (voir opportunistes) qui animent une intervention sur un sujet pour une seule représentation – et qui sont en train de disparaitre pour être remplacés par des conférenciers-experts qui traitent de très peu de sujets mais qu’ils connaissent à fond depuis longtemps.

Les clients privilégient aujourd’hui ces experts qui ne parlent que d’un sujet et d’un seul ! Ce qui rend de plus en plus compliqué de vendre une multi-expertise. Ça ne m’arrange pas du tout mais c’est comme ça.

Bref revenons au sujet. La scène appartient désormais à ces conférenciers professionnels qui respirent leur sujet à force de pratique et d’expérience. Ils maitrisent tellement leur sujet que – même si ça n’empêche pas le coup au coeur avant de se lancer – ne se mettent plus en danger et suivent leur petit train train habituel avec leurs slides en guise de rails.

Leur présentation est bien ficelée, leurs blagues bien ajustées et leurs réponses aux questions bien calibrées. Aucun problème bien sur, sauf que si vous assistez à plusieurs interventions du même expert, et bien…c’est la même chose. Je pense à luc Ferry, Jacques Attali, bref, les stars que vous pouvez être amené à écouter plusieurs fois.

Bien sur que j’admire ces experts mais cependant 2 choses me chiffonnent :
> Où est le challenge intellectuel de répéter la même chose quand on est pas un acteur (Cf l’intervention de David Bitton à Creative-Day).
> Et comment faire quand on est incapable de répéter la même chose. Je pense notamment à mon souci d’iconoclaste dont j’ai eu la chance de parler pour la première fois en public sur la scène de TEDxAlsace. Bon, ce n’est pas une condition médicale, n’exagérons pas.

Mon expérimentation

J’expérimente désormais la co-construction de mes conférences avec l’audience jusqu’à 500 personnes (pour l’instant) à la condition d’avoir 45mn d’intervention minimum.

L’idée/le challenge est de rester en déséquilibre sur des sujets que je maîtrise et de me rapprocher du format d’intervention qui sera demandé le jour où les clients seront sortis de leur phase TED :  Les interventions majoritairement en Q&A !! Ce qui explique pourquoi je réalise de plus en plus de vidéos en mode Q&A pour répondre aux questions de ma communauté.

Nous n’en sommes pas encore là car nous avons en France une approche encore trop scolaire de la conférence, mais je vous promets, nous y arrivons. Les clients commencent à comprendre qu’il a beaucoup plus de valeurs à capter en demandant aux intervenants de répondre à leurs questions et à leurs inquiétudes qu’à les écouter comme des veaux !

Ce jour là,  il se passera 2 choses :
> Le ménage : Les mauvais, les plagiaires et les fumistes vont dégager violemment.
> L’inflation : Les honoraires des bons vont augmenter radicalement.

 

Comment faire ?

 

1 – Construire les slides – Beaucoup de slides

Dans l’attente du jour où les conférenciers seront devenus des maitres es-storytelling (Pensée à Michael Aguilar) les clients aiment beaucoup les slides (surtout les slides beaux et cohérents  !) .

Pour cette partie, il faut connaître les clichés les plus populaires sur le sujet que vous traitez, les questions qui vous sont les plus souvent posées et les croyances les plus solidement ancrées. Pas compliqué si vous êtes un pro de votre domaine.

Prenons quelques exemples :
> Concernant l’avenir du travail : Il y a de plus en plus d’indépendants (n’importe quoi)
> Concernant le management : L’entreprise libérée est l’avenir de l’entreprise (et ben voyons)
> Concernant l’innovation : Il faut être disruptif (ok, mais d’abord savez-vous ce que cela signifie ?)

Pour chaque question, cliché ou croyance identifiée : hop, un slide (Beau et cohérent)

Digression : Je parle de cohérence en référence à ces conférenciers qui ont certes compris qu’il fallait mettre des photos au lieu de textes ou de bullet-point mais qui n’ont pas encore compris que ces photos devaient avoir une cohérence entres-elles tout au long de l’intervention. Vous racontez une histoire,  vous ne tricotez pas une couverture en patchwork au coin du feu !

B.a.-ba de la profession mais je le rappelle quand même : Pour chaque cliché ou croyance identifiée : Un chiffre et une histoire vécue. Lorsque dans les étapes suivantes, vous allez engager le public dans une conversation, les slides prouveront que vous avez bucher votre sujet mais il vous restera à détromper les croyances de votre audience sans doute néophyte et compléter leurs propos avec des faits solides et des histoires biens racontées !

 

2 – Ne pas se présenter comme expert mais comme praticien

Les experts auto-proclamés ont vécus, vive les témoins, les curieux et bien sur, les praticiens du quotidien !

Ça fait quelques années que j’ai quitté la posture d’expert et que je contredis ceux qui me présentent comme tel. Regardez-la vidéo ci-dessus. Je remercie la journaliste qui m’a présenté comme expert avant de préciser que je suis un témoin, issu du rang, qui n’a que pour seul avantage d’avoir pris le temps de me poser.

Sous entendu : Ce que je vais vous dire, vous l’auriez trouvé vous même si vous n’étiez pas pris par votre quotidien.

Cela va sans dire, ce sont les histoires que vous allez raconter lors de votre conversation avec le public qui vont établir que vous êtes un praticien si ces exemples sont issus de votre pratique ou un témoin si vous présentez un sujet de façon transversale en utilisant des exemples d’entreprises que vous ne connaissez que par la presse.

 

3 – Mettre l’audience en condition

Nous avons été mal éduqués, si nous allons en conférence c’est d’abord pour écouter, comme en classe ou comme au spectacle. Ce qui explique d’une salle « se travaille » et c’est au conférencier de mettre chaque membre de l’audience dans l’état d’esprit de participant actif et pas de légume.

A moins que vous n’interveniez sur un sujet qui fait polémique ou que vous n’ayez pas préparé une question « clivante » comme par exemple : « Que pensez-vous des jeunes de maintenant ? » vous devez vous attendre à vivre un petit moment de solitude. Remarquez comment je rebondis dans la vidéo ci-dessus à 2m38s devant l’absence de réactivité de l’audience :

1> Je laisse le choix à l’audience de rester dans la posture de spectateur. En mettant un peu de pression dans le ton quand même..
2 > Je propose une alternative : Notez ce qui vous étonne dans ce qui va suivre et notez ce qui vous inspire et que vous pourrez transformer en action à mener.

Avec l’expérience j’ai une liste de 2/3 questions qui fonctionnent pas mal pour lancer un débat. J’ai hâte que vous assistiez à une de mes interventions pour les découvrir 😉

N’oubliez pas que la première question ou le premier témoignage est le plus difficile à obtenir. C’est comme une soirée ennuyeuse : Une fois le premier invité sur le départ, tout le monde suit.

 

4 – Faire participer l’audience

Oui faire participer l’audience ! Je vous assure que c’est là que l’on reconnait les conférenciers de talents : ils n’ont pas peur de parler à leur audience, ils sont impatients d’arriver au moment de Q&A de leur intervention, au point parfois de rester au buffet qui suit pour continuer la conversation  !

Bref, mettons que vous avez posé la bonne question et que le micro commence à circuler dans la salle, c’est à vous de jouer :

> Laissez le temps aux personnes de s’exprimer et ne leur coupez pas la parole même s’ils disent des énormités ou sont hors-sujet. Quelque chose que j’ai remarqué est que très souvent les premiers témoignages ou premières questions sont les plus réfléchies et les pertinentes. Passé la 4e ou 5e intervention par contre ça peut parfois tomber dans le grand n’importe quoi du hors sujet total, jusqu’aux questions incompréhensibles en passant par le « je te raconte ma vie » parce que je le vaux bien.
> Remerciez ceux qui apportent un témoignage en leur posant éventuellement une question dont la réponse vous paraîtra utile au reste de l’audience (ou qui vous permettra de capter du vocabulaire technique si vous n’avez pas buché votre audience).
> Et bien sur, sélectionnez à la volée le slide qui correspond au témoignage qui vous a été donné pour rebondir et – toujours en regardant la personne qui est intervenue – compléter le propos, détromper la personne avec des chiffres si besoin et raconter votre histoire, fait ou connaissance sur ce témoignage.

Et je réalise en écrivant ces lignes que si vous utilisez des slides (ce que je déconseille si vous ne maitrisez pas le Storytelling, Contactez d’urgence Thierry Croix si c’est le cas) il va vous valoir vous équiper avec une app de présentation qui vous permette de sélectionnez les slides de façon non linéaire. Si vous êtes sur Mac, Keynote est bien sur incontournable, si vous êtes sur PC j’admire votre coté underground mais je ne peux pas vous aider.

5 – Avez-vous des questions ?

Benjamin Chaminade est entrepreneur et conférencier en culture de l’innovation, RH, en management de l’innovation, innovation managériale, Intergenerationnel et sur l’avenir du travail et de l’entreprise.

Conférence-Atelier Agrica en Visual thinking

Cette conférence-atelier a été divisée en 4 partie :

  1. Les profils créatifs -> Quel profil êtes-vous et comment pouvez vous participer à un Brainstorming ?
  2. L’innovation continue -> Comment collaborer avec ses clients pour préparer son avenir ? Quelles sont les valeurs de notre entreprise et comment faire pour les faire évoluer ?
  3. L’innovation Adjacente -> Quelles sont les grandes tendances technologiques, sociétales, etc qui touchent notre secteur économique ?
  4. L’innovation Disruptive -> Comment simplifier ou transformer notre offre ?

Conférence : le contexte avant tout !

 

Avant de vous lancer à corps perdu dans la création de vos slides – parce que vous n’imaginez pas d’autre façon de faire une intervention* – sachez qu’il y a plusieurs façons de présenter et que cela dépend du contexte de votre audience.

* ce qui démontre sans doute une certain manque de confiance en vous…

1 – Apprendre

Vous avez face à vous une audience qui cherche à apprendre ce que vous savez-faire, qui souhaite pouvoir utiliser la méthode que vous avez développé, la pratique que vous avez à partager, la démarche que vous … bref vous avez compris.

Mon habitude pour être sur de ne pas tomber à coté du sujet est simple : Faire travailler l’audience avant et pendant l’intervention !

Pour cela je leur demande de collecter les questions qu’ils peuvent avoir. Ce qui permet d’identifier le niveau de maturité de l’audience et d’adapter son speech de départ (qui donne un peu de contexte au début) et savoir comment me présenter (toujours adapter votre présentation à l’auditoire, n’oubliez jamais : légitimité = crédibilité)

Ensuite c’est simple, cela s’appelle un Q&A ! Je sais que c’est l’exercice le plus difficile de la profession mais c’est aussi le plus motivant : vous répondez à de vraies interrogations et ne faites pas défiler des slides jusqu’à épuisement de votre auditoire.

Par contre, le niveau de difficulté est ✭✭✭✭✭ car vous êtes sans aucun filet et il faudra parfois apprendre à dire « Je ne sais pas ».

2 – Subsidiaire 

Vous vous voyez en haut de l’affiche. Vous avez reçu la newsletter annonçant votre venue avec votre bio et votre bobine, votre biobine ? Vous pensez maintenant que vous allez être la star de la soirée.

Désolé pour vos chevilles mais dans ce contexte, vous n’êtes pas la star, vous êtes le moyen, voir l’outil.

L’objectif des organisateurs ici est d’avoir un maximum de monde à leur événement pour networker ensuite, présenter leur offre avant et montrer pendant qu’ils sont au top de ce qu’il se passe…puisqu’ils vous ont invité.

Certes, vous êtes sans doute connus, et dans ce cas « Good on you » comme nous disons en Australie. Vous avez donc été invité pour votre capacité à remplir la salle, votre expertise…à voir.

Maintenant, il y a de fortes chances que vous soyez le conférencier « à la mode » ou que plus simplement vous traitez d’un sujet dont on parle en ce moment. Alors ne vous emballez pas, c’est juste que votre heure est venue.

Le niveau de difficulté est de seulement ✭✭✭✭✭ car même si vous êtes nul cela donnera toujours un sujet de discussion pour le networking autour d’un verre qui aura lieu après votre intervention : « J’ai été déçu de cette intervention, qu’en pensez-vous Monsieur le préfet ?* ».

* « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

3 – Inspiration

Cette fois-ci, vous ne serez pas invité pour votre technique mais pour votre capacité à raconter votre parcours, la façon dont vous avez dépassé les obstacles et surtout votre capacité à rendre l’audience concernée par votre histoire qui devra, en sortant de votre intervention, mener une action donnée : Défoncer la concurrence ou oser prendre un risque quelconque.

Ici, le plus important n’est pas de faire de beaux slides ! C’est de savoir utiliser les règles du storytelling comme notamment la progression dramatique pour transférer une certaine charge émotionnelle sur votre audience. Pour cela, vous devrez présenter votre appel à l’aventure et garder l’audience captivée jusqu’à la résolution finale.

Le niveau de difficulté est ✭✭✭✭✭ pour des raison de technicité et de préparation. Trouver les justes anecdotes et le lien qui relie votre expérience avec le vécu de l’audience peut-être très difficile.

4 – Apprendre

Ce contexte est simple : Un nouveau mot à la mode se propage (Blockchain), une nouvelle tendance se dégage (expérience virtuelle) et vous avez été identifié comme expert du sujet parce que :

  • vous êtes vraiment un expert sur le sujet (vous n’êtes pas à l’abri)
  • ou plus simplement parce que vous avez écrit un article sur ce sujet.

Ici, le niveau de difficulté est ✭✭✭✭ parce que vous êtes face à une audience qui ne connait pas le sujet. Vous pourriez raconter n’importe quoi et vous en sortir sans problème.

Je ne donne pas de nom mais j’ai déjà vu des conférenciers présenter un contenu intégralement pompé d’un article traduit d’un site américain en allant jusqu’à récupérer les photos de l’article.

Ce sont des conférenciers «Slideshare».

Si vous ne savez pas ce qu’est Slideshare et que vous invitez des intervenants, je vous propose d’aller voir. Vite !

Dans ce type de contexte je vous invite à rapidement apprendre à dessiner, ou à «dessinouiller» plutôt pour présenter votre sujet à votre public.

Alors bien sur ces contextes peuvent s’additionner, surtout le n°2 qui est compatible avec tous les autres….