Consultant métier de ouf – Partie 6/7 – Réussir sa première mission de consultant

6   Conseils pour réussir ta première mission

Ça y est ! C’est ton premier jour chez le client. Que ce soit pour hiérarchiser, organiser, systématiser, relever, développer, former, recruter, manager ou identifier, tu es à la réception devant la standardiste que tu n’appelles pas encore par son petit nom, les mains moites et l’esprit affûté. Et tu te dis que la journée va être longue.

Ton contact arrive, plus ou moins rapidement selon qu’il avait ou non oublié que tu venais et il te fait faire le tour des bureaux en te présentant aux salariés comme le type qui va les aider à créer une stratégie organisationnelle de développement, créer une politique full web 2.0, développer une application iphone avec des boutons qui sifflent dans le noir… ou, plus prosaïquement, « niquer couille molle », le concurrent direct installé un peu plus bas dans la rue. Tu noteras mentalement de l’appeler pour prendre rendez-vous et lui proposer tes services.

6.1    Comment mener la mission

Te voici à pied d’œuvre, ton ordinateur sous le bras. A défaut d’être efficace, il va te falloir délivrer, du latin liberare « libérer » : rendre libre de ce qui oppresse, remettre entre les mains, remettre un message ou par extension : accoucher ! Bref, il va falloir que tu justifies tes honoraires.

Si tu es dans le domaine de la sécurité informatique, de la qualité ou de la production, l’impact de ton travail pourra être facilement mesuré en termes d’alerte, de programme développé ou de taux de rebut. Si tu es dans l’organisation, la stratégie ou les RH, le temps qui s’écoulera entre ton intervention et les premiers effets prendront entre 1 et 5 ans et il y a de fortes chances que tu ne sois plus là pour les voir. Il va donc te falloir trouver les meilleures idées et recommandations pour ton client dans un joli document mis en forme. Tu as l’habitude maintenant, n’est-ce pas ? C’est d’ailleurs pour cela qu’on réduit parfois le métier de consultant à l’outil qu’il utilise le plus : es-tu un consultant Powerpoint, Word ou Excel ?  

6.2     Deviens un caméléon

 Connais les bonnes personnes au bon endroit

Et les bonnes personnes ne sont pas forcément celles qui sont au sommet de la pyramide hiérarchique. Renseigne-toi sur celles qui ont le meilleur réseau interne et accès aux projets en cours : assistantes, secrétaires de direction, etc. Déjeune avec elles, offre-leur des fleurs pour la fête des mères, des grands-mères ou de la journée de la femme.

Dans le même ordre d’idées, arriver suffisamment tôt le matin pour partager un café avec les ouvriers ou rester un moment à la machine à café sera du temps bien investi.

N’hésite pas à t’inscrire sur Linkedin (avec un pseudo pour éviter d’être tracé) et mémorise les noms et les visages des salariés de l’entreprise qui y ont un profil. Note de quelle région ils viennent ou dans quelle(s) entreprise(s)ils ont travaillé, tu pourras y faire allusion et surprendre tes interlocuteurs par l’étendue de tes connaissances professionnelles.

Donne l’impression que l’entreprise de ton client et ses produits te passionnent

Visite le site web de l’entreprise de fond en comble, utilise Google pour savoir ce qui se dit sur elle, achète ses produits, parle à ses clients. Tu dois connaître les qualités et les défauts de ses produits ou services. Ta crédibilité en dépend.

Nous en avons déjà parlé mais pense aussi à éteindre les lampes quand tu quittes une pièce, à fermer les portes derrière toi, à ramasser les papiers qui traînent parterre, bref, sois un super salarié, peut être trop intelligent pour vraiment travailler là à plein temps mais qui prend les choses à cœur comme si tu avais des parts dans le capital de l’entreprise.

Mélange-toi aux salariés

Les salariés n’aiment pas les consultants. Enfin si, mais comme on peut aimer les agents immobiliers, les recruteurs, les avocats, les architectes ou les garagistes. C’est pas terrible quoi.

Dans l’entreprise, le consultant peut faire peur car certains pensent qu’il va :
– nous apprendre notre métier ;
– expliquer au patron qu’il doit nous licencier ;
– nous contraindre à utiliser de nouveaux process ;
– nous emmerder avec ses questions à la con ;
– gagner en une journée ce que nous gagnons en un mois ;
– être l’œil de Moscou et répéter au patron tout ce que nous lui avons déjà dit…

La liste des raisons pour lesquelles les salariés lambda ne t’aimeront pas, avec raison ou pas, est longue.

Pour amortir le choc des cultures et te faire accepter plus facilement :
– gare ta Porsche dans une rue assez éloignée pour qu’on ne la repère pas ;
– évite de déjeuner au même endroit que tout le monde ;
– ne tutoie pas le patron devant ses salariés en faisant référence à votre dernière planche ou partie de golf ;
– utilise des mots qu’ils peuvent comprendre (et toi aussi tant qu’à faire) ;
– n’attend pas d’être saoul ou d’avoir ton contrat résilié pour dire ce que tu penses de la direction ;
– montre que tu bosses aussi, et que tu ne passes pas ton temps à socialiser. Rappelle-toi qu’autour de toi c’est ce qu’ils font. Pour gagner leur vie en plus.

Rassure-toi, tu ne tromperas jamais un œil exercé qui aura vite fait de repérer que :
– les contacts de ton téléphone sont à 98% les numéros de téléphone de ta famille, le reste se partageant entre clients, clients potentiels, prospectset desamis que tu n’appelles jamais,
– tu es plus proche de ton client que de tes enfants,
– tu travailles 35 heures en deux jours, même si tu racontes autour de toi que tu as un boulot peinard(et super bien payé),
– avant d’être prêt à travailler, tu auras sorti tes deux téléphones portables, ton laptop de compet, ta boîte de cartes de visite, ton carnet croûte en cuir, la clé de ton Audi mais tu auras oublié de prendre un stylo ;
– il te faut cinq minutes pour entrer un rendez-vous dans ton « smart phone »,
– quand tu ne travailles pas… tu t’ennuies.                                                   
– tu as rencontré ton dernier compagnon / compagne sur Meetic (comme preuve de ton engagement sincère tu lui as offert un téléphone du même opérateur que toi pour profiter des minutes gratuites. Si cela devient sérieux tu feras le geste ultime : tu t’inscriras « in a relationship » sur Facebook ;
– tu vérifies tes emails sur ton téléphone toutes les 5 minutes.

6.3     Les recos

Où trouver tes idées pour les recommandations client ?

 Rassure toi, les réponses à tes questions ne sont pas loin. Il suffit que tu identifies les meilleures sources d’idées et de direction à suivre. Pour cela, respire, prends un carnet à souche ou un enregistreur et écoute :

 – Le client lui-même. C’est la première chose à faire avant de commencer : lui demander son opinion. Il te dira comment il voit les choses, ce qu’il a compris de la situation, ce qu’il a essayé de faire et les succès ou les échecs qu’il en a retirés. Bref, tu vas t’apercevoir que la solution à ton problème de reco est déjà dans ta propale, mais avec les mots tout mélangés. Les clients ont toujours une opinion sur tout. N’oublies pas de noyer l’info dans des chiffres provenant d’études internes qui auront dérangé tout le monde pendant deux mois et décimé une forêt brésilienne. Tu veilleras toujours à te référer à ces études qui rendront crédibles « tes » idées.

– Les employés. Quelle est la tâche principale du consultant : organiser des « focus groups » avec les employés de l’entreprise cliente, écouter, noter et reformuler les idées qu’il aura pu récolter en les présentant comme les siennes. Bref, un travail que quelqu’un de l’interne aurait très bien pu effectuer si la méfiance et la jalousie ne faisaient pas partie du monde du travail.

– Les fournisseurs.A moins qu’ils ne soient complètement débiles ou corrompus par « couille molle », les fournisseurs de ton client ont tout à gagner à ce que ton entreprise ou ton projet soit une réussite. D’où une motivation supplémentaire à t’aider à trouver vite la solution qui convient ou l’idée qui te faisait défaut. Au-delà du montant du contrat, leur réputation est en jeu, et c’est plus qu’il n’en faut pour aiguillonner leur imagination.

– Les ex-clients.Rien ne se perd, tout se transforme. Il y a fort à parier que tout ou partie de la problématique rencontrée par ton client a déjà été identifié lors d’une précédente mission ! Alors ne jette jamais rien. Archive, classe, trie tout ce que tu as produit. Ça resservira plus vite que tu ne le penses.

En règle générale : reste curieux !Il existe autour de nous un courant constant d’idées et de suggestions qui sont à portée de main de n’importe quel freelance : blogs, twitter, forums, etc. Tous ces sites et réseaux sociaux recèlent quantités d’idées, d’études de cas, de retours d’expériences dont tu peux profiter. Ta curiosité et ta capacité à assembler des bribes d’idées et de réponses sont le meilleur générateur de solution qui soit. Lire un journal, surfer sur le net sans savoir où l’on va, discuter avec quelqu’un que l’on ne connaît pas, voilà autant de sources potentielles d’idées, bien plus faciles à manier que des dizaines de bouquins.

Présente tes reco avec panache et « professionnalité »

Jusqu’à ce que tu lui donnes tes recos, ton client ne dispose pas de grand-chose sur toi, à part :
– les références sur ton site qui lui ont permis d’apprendre que tu as fait du bon boulot pour un copain et ton cousin ;
– ta propale dans laquelle tu as donné quelques exemples de délivrables complètement illisibles pour éviter qu’il ne soit tenté de s’en servir sans toi ;
– te voir venir plusieurs jours dans sa boîte prendre le café avec ses salariés etle déranger dans ton travail avec tes questions débiles.

Bref, il a une idée des résultats qu’il attend de toi, il sait combien tu lui coûtes, il sent qu’il se passe quelque chose mais, concrètement, il n’a rien de plus que le client qui, dans un restaurant, vient de faire son choix sur la carte et attend de voir ce qu’on va lui servir. Tout ce qu’il a pour l’instant c’est faim et si tu n’as pas encore organisé de rencontre à mi-parcours… il est vaguement inquiet !

Donner ses reco (mmandations) doit donc combler cette faim tout en laissant un peu de place pour le dessert. Tu es donc attendu pour donner le résultat de ton travail (si tu es un développeur : un système d’information qui fonctionne), des faits concrets qui permettront de prendre une décision, mettre en place un process, etc. Si cette liste est infinie, la méthode de présentation ne l’est pas et les outils de présentation encore moins. En résumé, si tu ne sais pas utiliser PowerPoint, tu n’es pas un consultant, tu es un lave-vaisselle.

Dans le petit monde du conseil, PowerPoint est devenu le premier outil bureautique de présentation de documents loin devant les traitements de texte comme Word, Open Office ou Google docs. Présenter ses reco sans Powerpoint, c’est comme télécharger illégalement le dernier album de David Guetta avec une machine à écrire. Il faut reconnaîtrequePowerpoint est plus agréable et ludique à utiliser que Word. Plus chronophage aussi, car il te donne l’excuse de parcourir le web à la recherche de la plus belle image ou du meilleur site porno, de tester de nouvelles polices ou de nouveaux effets de transition, de chercher des citations d’experts connus qui crédibiliseront n’importe lequel de tes propos farfelus. Un peu de texte, une belle image et hop regardez le zoli document en .PPS que voilà et que tu vas envoyer par mail à tes collègues consultants ou utiliser une seule fois en comité de direction pour justifier ton job.

Mais attention, Powerpoint peut aussi détruire le résultat de ton travail, réduire à néant l’impact de tes recommandations et annihiler ta réputation en quelques minutes si tu ne suis pas ces quelques conseils pour l’utiliser à bon escient :

1. Powerpoint pour montrer ton bon goût à tout le monde

Les goûts et les couleurs ça ne se discute pas comme disaient les frères ennemis. Pas la peine de savoir qui sont les frères ennemis pour savoir que le jaune et le marron se sont fâchés dans les années 70. Alors pour te prendre pour Tom Peters, gourou américain qui a un très mauvais goût mais vend des millions de bouquins, n’utilise surtout pas des sites spécialisés dans la coordination de couleurs. Présente des textes marron sur fond rouge ou le contraire. Cela matchera tes chaussettes et les rayures de ta cravate tout en montrant que c’est toi qui décide !  

2. Powerpoint comme traitement de texte

Pourquoi s’emmerder à préparer quoi que ce soit ?/des pages de texte ?/Ecris tout ton texte sur les slides,comme ça :
– tu pourras,au choix,répéter à loisir à ton auditoire ce qui est déjà écrit pour être sûr qu’ils ont compris ou,au contraire,te taire pendant qu’ils lisent ;
– tu assoupiras ton audience qui oubliera peut être de te poser les bonnes questions, celles que tu n’as pas préparées.
En plus, si tu as utilisé une police en dessous de la taille 20, tu auras le plaisir de voir l’assistance plisser des yeux pour essayer de lire.
Et bien sûr, n’oublie pas de lire à toute vitesse dans le cas où quelqu’un arriverait encore à te suivre.

3. Prends-toi pour un réalisateur de films porno, après tout tu es consultant !

Le plus fun avec les logiciels de présentation comme PowerPoint, ce sont les effets de transition, tous plus cools les uns que les autres. Si tu le souhaites, tu peux accompagner le passage d’une slide à l’autre par un de crissement de pneus ou le bruit d’un moteur en pleine accélération du plus bel effet ! Tu peux aussi changer d’effet pour chaque slide. Imagine le délire : chaque slide peut devenir un vrai feu d’artifice inoubliable et en plus, cela te permettra de t’entraîner avant d’envoyer ton CV à Pixar ! Tu auras l’air complètement ridicule mais tu t’amuseras bien en voyant la tête de ton client à chaque transition.

4. Plutôt que d’inspirer ton assistance, fais-là chier !

L’élément le plus intelligent dans les logiciels de présentation, ce sont bien sur les « bullet-points » ou les tirets qui permettent de faire des listes et d’organiser sa pensée de façon rationnelle et bien rangée. Cela va surtout d’aider à emprisonner ton assistance dans ton schéma de pensée sans lui laisser le temps de respirer entre deux idées. Assomme-les tant que tu le peux, ils ont payé pour entendre ce dont tu leur parles et ne partiront pas avant la fin. Profites- en ! 

5. Utilise des citations à tire-larigot !

Que tu n’aies rien à dire, que tu souhaites faire passer un message difficile ou que tu cherches à crédibiliser tes idées, les citations sont très pratiques. Surtout si elles viennent de personnes que respectent ceux qui t’écoutent.  Donc, utilise des citations à mort, dans chaque slide si tu peux ! /ajouter une citation ?/

6. Et enfin, oublie ton objectif en cours de route

Dans tes rêves de suprématie mondiale ou plus bêtement de clients satisfaits,le plus important est d’oublier ton objectif. Surtout n’adapte ni ton style ni tes infos, ni ton vocabulaire à ceux qui viennent t’écouter. C’est certain, ils auront l’ouverture d’esprit de s’adapter à ton style.

 

6.4     Chez le client : quelques règles d’or

Nous voilà au dernier chapitre de ce bouquin qui après sa lecture te permettra de caler un meuble ou fera une très bonne occase sur Amazon. Il reste encore une question demandant une réponse que je ne vais pas donner : Quelles sont les clés qui te transformeront en un consultant pur malt et qui feront du conseil ta source de revenu jusqu’à ta retraite ou qui permettront que l’un de tes clients te propose un emploi stable ?

Néanmoins, voici quelques règles, tirées de mon expérience et de mes observations, qui feront toute la différence entre toi et un bon consultant.

  1. N’écoute jamais le besoin de ton client, surtout quand il sait ce qu’il veut

Il connaît peut-être son problème mais certainement pas sa solution, sinon pourquoi t’aurait-il appelé ? Pour épuiser son budget ? Il y a peu de chance, nous ne sommes plus dans les années 80,malheureusement. Il y a de fortes chances que ton client sache où il a mal mais n’aie aucune idée du remède. C’est pour cela qu’il te demande une propale : il vérifieta compassion à son problème et attend de toi une ordonnance adaptée à ce qu’il pense être son mal.

Il te restera ensuite à soigner sa douleur tout en créant un effet indésirable qui t’obligera à rester dans la place pour résoudre la nouvelle maladie. A toi d’être assez malin pour utiliser Powerpoint en anesthésie générale et dénicher dans les revues spécialisées une nouvelle loi super emmerdante qui va venir chambouler les plans de ton client, un concurrent qui a un avantage concurrentiel, l’annonce d’une invasion de locustes géants… Bref, tu n’as que le choix de l’embarras.

  1. N’oublie pas que tu es là pour faire briller les autres

Tu dois bien entendu valoriser ton travail et surligner sa qualité, mais il est essentiel de faire briller ton client aux yeux de sa hiérarchie.

Cela demande d’abord de bien comprendre qui est ton client et si c’est bien la personne qui t’a fait faire la propale, qui signe les chèques et a des comptes à rendre.

Le premier rôle du consultant, c’est d’identifier à qui va profiter son travail et de s’assurer que toute personne de l’organisation pour laquelle il aura travaillé  oit promue dans l’année ! Si c’est en présentant ton travail comme le sien et tes idées géniales (trouvées sur un blog lu par personne) comme les siennes, génial. Il ne t’en sera que plus redevable et fera sans doute appel à toi dans environ deuxans lorsqu’il visera une nouvelle promotion.

  1. Commence par facturer, tu verras après pour les détails pratiques

Si tu as lu La semaine de 4 heures de Timothy Ferris, la plus belle arnaque marketing du début du 21e siècle, tu essaieras même de ne rien faire du tout. Tu trouveras bien un consultant qui se lance ou qui n’a pas travaillé depuis un moment pour accepter de faire ton job. Appelle cela exploitation, œuvre de charité ou outsourcing. C’est cequi te permettra de dire à ton client : « Nous n’avons rien sur l’étagère car nous travaillons sur mesure pour nos clients».  Cela assure des recommandations stratégiques uniques qui ne s’appliqueront qu’à toi et te permettra de (rayer les mentions inutiles) :

  • laisser tes concurrents sur place;
  • développer une application en quelques semaines;
  • dépasser les attentes de tes clients;
  • accélérer la mise sur le marché de tes nouveaux produits;
  • réduire les dépenses de tes bas de bilan;
  • renforcer les ventes de ton haut de bilan;
  • bla bla bla…

Tu inventeras sur place car le bon consultant est un maître du déguisement, de la manipulation et de l’improvisation.

Sûr de ton propos, tu présenteras ta facture à ce moment là. Tu renforceras ta crédibilité si tu demandes 30 à 50% « upfront »,avant même de commencer ta mission.

Pendant la mission, arrange-toi pour que tu aies besoin de rencontrer le service comptable, même si tu es là pour aider ton client à sélectionner une solution d’informatique embarquée ou recruter des indiens pour développer un logiciel de satisfaction client. Ils doivent te connaître pour ne pas être étonné lorsqu’ils devront traiter ta facture et ne pas la mettre en bas de la pile pour la régler à90 jours fin de mois.

De toute façon, tu auras prévu une clause selon laquelle tout travail ne pourra pas commencer sans le versement d’une partie conséquente de la somme totale demandée.

  1. Donne ce qui est important (ou ce qui ne doit pas laisser de trace) oralement.

Rien ne doit t’être reproché avant, pendant et après ta mission. Les innombrables présentations et documents que tu auras donnés à ton client ne contiendront donc au mieux des « guidelines » générales,au pire du « Bullshit » marketé.

Bref : rien qui puisse
– être récupéré par les consultants qui viendront surement après toi et mettront le nez dans tes process.
– être utilisé contre toi en cas de désaccord, notamment sur les résultats que tu devais délivrer.
– prouverque tu n’as pas investi tous les moyens à ta disposition pour ne rien faire.

Le plus important doit être dit oralement, que ce soit au milieu d’une présentationPowerpoint quand plus personne ne t’écoute en attendant le coup de grâce, soit entre deux portes ou devant la machine à café. Tu vas devenir expert en insinuation pour dire les choses sans les avoir dites, en allégation concernant les directions à prendre et en manipulation en faisant prendre à d’autres les décisions difficiles qui pourraient te retomber sur le bec si elles foiraient.

  1. Si ton client bouge encore, Powerpoint-le une dernière fois

Il va falloir développer le réflexe de dégainer un PowerPoint dès que l’on te demande quelque chose. Un audit : Powerpoint. Des chiffres concrets sur lesquels construire une stratégie : Powerpoint. Une stratégie en cinq étapes avec estimation de ses retombées : Powerpoint. Un point d’étape pour faire le bilan sur les actions engagées : P… tu as compris.

La première raison qui justifie cette stratégie, c’est que tu fais tenir beaucoup moins de texte sur une page PowerPoint que sur une page Word. Cela te permettra donc de décimer bien plus d’arbres en produisant des rapports moins épais que toute la collection de Largo Winch tout en donnant l’impression à ton client qu’il en a pour son argent. Détrompe-toi (rappelle-toi d’inventer des mots), tu trouveras encore beaucoup de clients qui rapporteront la qualité de ton travail au nombre de pages produites ! Et la forêt amazonienne qu’est ce que tu en as à foutre ? Tu es couvert,n’est-ce-pas,car tu as pensé à mettre « développement durable » ou « conscience écologique » quelque part sur ton site web ?

  1. Reste aussi longtemps que tu le peux

Si tu es dans les RH, à toi de vendre des entretiens avec tous les salariés de l’entreprise pour la raison de ton choix : Identifier les personnes forces de proposition qui désireront faire partie d’un prochain focus-groupe ou comité de travail. Faire le point sur leur carrière, identifier les « bonnes pratiques », restituer les résultats de tests préalablement effectués…Il y a autant de bonnes raisons de prolonger ta présence que d’idiots pour acheter un ipad.

Tu peux aussi rendre un audit interminable en auditant tout ce qui bouge : clients, personnels, outils, études, sources de ces études, marché, process, méthodes, méthodologies (il faudra peut être que tu expliques que ces trois mots sont différents). En plus, ces audits peuvent être « automatisés »,c’est-à-direconfiés à un jeune diplômé qui cherche à se rendre utile et à apprendre le métier pour devenir ensuite son propre patron et ouvrir une boutique en face de la tienne. Et comme il sait mieux utiliser les réseaux sociaux et les stratégies d’e-réputation, tu es mort d’avance !

Si tu es plutôt dans la chasse aux coûts c’est encore plus simple car les méthodes sont toujours les mêmes : externaliser ce qui peut l’être –du recrutement à la paie – délocaliser la production au Bangladesh maintenant que tu sais que l’Inde est devenue trop chère, ne pas remplacer ceux qui partent à la retraite en expliquant à ceux qui restent qu’ils ont de la chance mais qu’ils devront travailler deux heures de plus par jour pour le même salaire, etc.

De toute façon, dès ta première mission tu as toutes les facilités pour faire traîner les choses : un temps de synthèse des entretiens qui s’allonge, les salariés que tu devais faire venir et qui n’ont pas pu se libérer, les focus groupes décalés pour raison d’urgence business, etc. Sans compter des urgences qui ne manqueront pas d’arriver, des projets abandonnés par manque de temps que tu reprendras. Avant même que tu ne le réalises, tu feras partiede l’entreprise comme un membre de la famille. Hum, bon peut être pascomme un parent proche, plutôt comme la machine à café : tu coûtes cher mais au moins tu apportes ce petit coup de caféine qui permet de continuer la journée.

Rester chez un client sur la durée à plusieurs avantages :
– Il est plus facile d’ajuster ses honoraires lorsque tu connais le budget du client pour lequel tu as déjà travaillé ;
– Tu vas de plus en plus vite dans les missions tout en facturant le même nombre de jours ;
– Cela te permet d’avoir un peu de recul sur ton activité et de savoir combien tu empocheras dans les deux ou trois mois à venir. Ce qui est un vrai luxe pour le freelance.
– C’est aussi une occasion de construire des » alliances stratégiques » avec tes fournisseurs : que tu utilises une agence de com, que tu achètes des espaces de pubs ou que tu gères des projets multimédia, tu auras négocié une commission de 10 à 20% avec tes partenaires. Ton client paiera la différence.

Mais attention, un facteur peut jouer en ta défaveur avec les clients mesquins et avares – en un mot, les plus « professionnels » –, comme tu es payé à l’heure ils vont tout faire pour que tu disposes rapidement des informations que tu demandes. A toi de demander celles qui seront les plus difficiles à trouver ou non disponibles : parts de marché dans l’Alena, taux de turn-over inévitable, montant des ventes aux personnes à mobilité réduite…Tu trouveras bien.

  1. Ne quitte jamais une entreprise sans avoir laissé une bombe à retardement ou avoir vendu la prochaine mission

Dans la hiérarchie des emplois, le consultant est entre l’agent immobilier et le garagiste et entre l’avocat et l’architecte(tiens, voilà une idée de matrice sympa !).On les déteste et on se moque de leurs travers mais en même temps, on a besoin d’eux !

Alors pour que tu sois rappelé rapidement, fais des sous-entendus aux salariés concernant l’entretien que tu as avec eux en leur disant que ce qu’ils te diront servira à changer leurs conditions de travail ou améliorer leurs modes de rémunération. Il ne faudra pas longtemps avant que les salariés frustrés retournent leur mécontentement envers leur direction. Ils t’apprécieront car tu les auras fait rêver et en essayant de faire changer les choses. Le dirigeant,pris de court,n’aura pas d’autre choix que de t’appeler à la rescousse.

Les choses peuvent être encore plus simple si tu es dans l’informatique car tu auras vendu un package nécessitant une mise à jour régulière, ce qui demandera à ton client de faire un gros chèque tous les mois ou un énorme tous les ans.

 

Partie 1/7 – Devenir consultant…pour ou contre ?
Partie 2/7 – Devenir un freelance visible 
Partie 3/7 – Choisir son style de freelance
Partie 4/7 – Développer son expertise de consultant
Partie 5/7 – Trouver son premier client
Partie 6/7 – Réussir sa première mission 
A suivre : Partie 7/7 – L’avenir du consultant Freelance… »Le Naked Consulting »

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