L’avenir de la formation avec le Digital Learning…ou pas.

Présentation d’ouverture de Digital Learning Day 2015. Vous trouverez les slides en bas de l’article.

1 – Les théories de l’apprentissage, si vous avez manqué le début

Si il y a une série encore plus longue que Doctor Who débutée en 1963 sur la BBC c’est bien la série des modes d’enseignements ! On y trouve de tout ! De l’action, du suspens, de la peur et même de l’amour aussi parfois.

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Commençons par le commencement, attention je vous préviens, je ne vais pas faire de détail, ni de prisonniers :

>La pédagogie de la transmission

Selon cette théorie, il est possible de transmettre un discours à un apprenant s’il est énoncé clairement et simplement.

Oui, l’élève est capable de comprendre et de reproduire ce qu’on lui apprend à condition que les informations à apprendre soient simples et enseignées avec progression. Sans crier. Cool.

Vive les exposés magistraux de cet apprentissage « à la jésuites » et croisons les doigts que tous les apprenants aient la même base culturelle et le même bagage cognitif sinon les élèves situés aux extrêmes de la courbe de Gauss vont au choix nager ou s’emmerder.

>Le Behaviourisme ou comportementalisme

Là, on écoute le chien de Pavlov et pas le chat de Schrödinger.

Selon ce modèle, on peut forger le comportement des apprenants avec des mises en situation (genre des problèmes de baignoire qui croisent des trains) face auxquelles l’enseignant doit apporter un renforcement positif ou négatif : Bien ou nul.

Ce qui doit encourager l’apprenant menacé de punition de reproduire ce qui lui est inculqué…sans broncher.

Comme pour le modèle précédent, le rôle de l’enseignant et de découper les taches en petites bouchées. Et toujours comme le modèle précédent, l’élève est passif.

>Le cognitivisme  

Là on commence à prendre en compte le contexte interne de l’apprenant avec un enseignant qui cherche à comprendre comment une personne gère une information dans sa mémorisation et dans le traitement de l’information reçue.

On traite ici le cerveau comme un ordinateur organisé de façon logique en fichiers. Première partie, Chapitre 1, sous-paragraphe 1.4…vous y êtes.

Ce type d’enseignement demande au préalable un audit des connaissances car l’apprentissage prend en compte les connaissances déjà présentes et qu’il faudra enrichir.

Cette théorie en vogue depuis les années 80 utilise aussi la métacognition pour rendre l’élève conscient de la façon dont il construit ses connaissances

>Le constructivisme

Le nom qui vient à l’esprit est bien sur celui de Piaget qui valorise le vécu et la mise en contexte. Ce qui peut tourner au raccourci : Le jeune apprend dans l’action et le senior avec des concepts.

Enfin, on arrive à une théorie de l’enseignement qui valorise les erreurs ! Pour cela le prof doit créer des situations pour les faire vivre aux élèves qui doivent apprendre de leurs erreurs.

L’élève doit être actif et accepter d’apprendre de l’erreur tandis que l’enseignant doit savoir guider les élèves sans aplanir les difficultés en les questionnants et les relançant si besoin.

>Le socio-constructivisme

Nous arrivons dans l’ère « moderne », même si cette théorie se base sur les travaux de Vygotski qui datent du début du siècle…dernier. Jai failli me faire avoir.

Cette approche se base sur le fait que l’apprentissage peut aussi se faire par un échange entre élèves.

Elle considère aussi que le développement cognitif n’est pas figé selon l’âge comme le disait Piaget, ceci suite aux découvertes de la neurogénese (en résumé, on créé des neurones toute sa vie donc mangez du poisson !).

En résumé, le groupe construit ses connaissances de façon collaborative en créant une culture de petits éléments qui ont un sens partagé par le groupe. voilà voilà.

Mais ce n’est pas tout. Nous arrivons à la dernière théorie à la mode…

>Le Connectivisme

Dans le mouvement actuel de vouloir rendre l’être humain obsolète à tout prix…Après la chirurgie grace à la robotisation,  les prothésistes avec l’imprimante 3D et les managers avec l’entreprise libérée…voici aujourd’hui le rôle du formateur remis en cause par le constructivisme. Bon, et aussi par la réforme de la formation professionnelle hein.

Selon cette théorie, la connaissance est distribuée à travers un réseau de connexions de personnes et d’informations. Apprendre consiste donc à développer une capacité à construire et utiliser ces réseaux.

Les sources de formatiosn deviennet omniprésnetes et omniscientes du Mooc à votre réseau social perso.

Certains pourraient craindre que cela pousse le stagiaire à apprendre où trouver l’information plutôt que d’apprendre l’information elle-même. On transfère la connaissance de son cerveau (local) à son son réseau (délocalisé) et on apprend pour résoudre en temps réel un problème qui se pose à l’instant.

2 – Digital Learning ? Sérieusement ?

Ne finissez pas comme ce chat qui poursuit ce foutu point rouge.

>La fin des modèles historiques

Si avec le connectivisme les formateurs sont peut être de futurs chômeurs, il y a au moins une bonne nouvelle : Nous avons enfin compris que la dichotomie cerveau gauche/droite n’a aucun sens si ce n’est celui de la théorie. Que la séparation entre nos cerveaux  reptilien, limbique et neocortex n’est pas si grande et que la distinction « visuel, auditif, kinesthésique » a été l’arnaque du 20e siècle.

Tout cela serait aujourd’hui remplacé par l’approche des circuits neuronaux et le sujet n’est plus gauche/droite mais connecté/déconnecté, rapide/lent ou seul/ensemble.

Enfin, on va pouvoir commencer à apprendre et à bosser sérieusement !

>L’apprentissage digital, c’est apprendre avec ses doigts ?

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Nous avons tous cette image d’épinal  d’un type regardant une vidéo sur un Ipad. Mais l’apprentissage sur écran ou pas n’est sans doute pas le sujet.

Dans le désordre on oublie que :

  • L’Ipad a été inventé par un Hippie crudivore qui  en interdisait l’utilisation de ses enfants à la maison.
  • Toujours selon le Hippie cité ci-dessus, les outils numériques sont le coté d’une pièce. le second coté pourrait être…la méditation et je suis personnellement persuadé qu’aujourd’hui l’un ne va pas sans l’autre.
  • Que beaucoup de cadres de la silicon valley envoient leurs kids à la Waldorf school of the peninsula dans laquelle les appareils électroniques sont interdits.
  • Que les applications d’apprentissage sont de plus en plus des app de mises en relation comme teamtreehouse, feedly, github, evernote etc.
  • Que si vous assistez à une conférence d’informaticiens, il y a de grandes chances que vous voyez autant de carnets Moleskines que de Smartphone.

C’est ça le truc : L’être humain et son cerveau n’a pas (encore) évolué  ! Il n’est toujours pas capable de faire plusieurs choses en même temps. Et ce même si nous avons appris l’année dernière que nous avions plusieurs cerveaux.

Donc remettons le cerveau au centre du débat et voyons ce qu’on peut faire avec car finalement il y a de fortes chances que vous ne sachiez même pas vous en servir !

3 – L’apprentissage digital, c’est apprendre avec son cerveau !

Ca reste entre nous mais je commence à penser que le « tout digital » provient d’un complexe d’infériorité des anciens face aux technologies et qu’ils misent tout dessus pour ne pas paraitre ringard. Shh je ne vous ai rien dit.

Autre certitude (oui je sais, c’est pas bien les certitudes) c’est que le sujet aujourd’hui n’est pas de savoir quel site, app, réseau ou communauté utiliser/rejoindre pour apprendre. C’est d’abord une question de connaitre ses préférences d’apprentissage et les limites de ses capacités de concentration !
Et je peux vous parler de ma quête pour répondre à cette question de concentration !

Surtout avec mon job me demandant de m’intéresser à plusieurs sujets en parallèles et donc de lire et écrire au moins 3 heures pas jour pour rester à la page autant qu’il est possible de le faire.

>Je commence par l’ADN

Pour trouver mes meilleures conditions d’apprentissage j’ai commencé par le commencement en faisant décrypter mon génome. Sait-on jamais. J’ai donc appris que j’étais Euroépen à 100% avec 2,7% de Néanderthal, 26% d’anglais/irlandais à égalité avec 26% de Basque/ibérique. Ok, intéressant mais pas utile sur ce coup là. Faut-il que je boive du thé en mangeant du chorizo pour développer mes capacités mentales ?

La suite est plus intéressante. J’ai le génotype CT au gène rs17070145 qui signifie que je retiens mieux les informations (de 5mn à 24 heures) que les CC. Certes, mais j’aime pas être comparé par le bas. Sso What ? j’apprends aussi que si j’ai été nourris au sein je pourrais avoir un QI supérieur de 6 à 7 points en moyenne grâce à mon gène RS174575.
Après enquête, en fait non, j’ai été nourris au Monsanto. C’est ballot mais ça explique mon sens de l’humour vaseux.

 

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Et là je me dis « Tiens, tu as mis ton génome sur internet ».

>J’enchaine avec les drogues « intelligentes »

Avez-vous vu le film « Limitless » avec ce cher Bradley Cooper qui raconte l’histoire d’un écrivain un peu looser qui prend une drogue appelée NZT qui lui permet – je cite – d’accéder à l’ensemble de ses capacités mentales et tous ses souvenirs depuis sa naissance.

Ce type de drogue existe – au résultat bien moindre ça va sans dire – et rentre dans la catégories des drogues dites « Nootropiques » ou « drogues intelligentes » car elles sont censées agir de façon bénéfique sur le cerveau.

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On se calme, l’huile de poisson et la vitamine B12 sont nootropiques donc tout va bien, que du légal, c’est pas de la Ritaline ou du Modiodal.

>Je continue avec l’hypnose

L’étape suivante était d’apprendre à utiliser son cerveau. Je ne remercierai jamais assez Gille Malençon et Kevin Finel pour m’avoir permis de découvrir l’hypnose et de la méditation. 2 techniques (enfin des centaines en fait) qui entrent dans l’apprentissage de son cerveau que nous aurions du tous avoir plus jeunes pour nous apprendre à apprendre. Rien de bien sorcier, des choses toutes simples comme par exemple de parcourir un livre de couverture à couverture avant de le lire. Ce qui fait gagner 20% du temps de lecture. Testez, vous verrez.

Méditation et respiration cumulés avec la neuroaccoustique (notamment avec des sites comme Focus@will) m’ont permis de développer mes capacités de concentration et d’apprentissage.

>Je termine avec le sport

C’est finalement le sport qui m’a montré que l’apprentissage n’est pas seulement un processus de transformation de données en information et en connaissances mais plutôt un processus de formation de l’esprit. Arrêtez le sport et vous n’aurez plus le courage de mettre vos bacskets, pratiquez du sport régulièrement et cela vous paraitra naturel.

Arg, c’est quelque chose que Socrate a dit. J’aurais du écouter le prof de philo au lycée, j’aurais gagné du temps !

4 – Le quoi et le pourquoi

Quel que soit la manière d’apprendre et de se concentrer, le sujet de l’apprentissage n’est plu le “OU” et le “QUAND” car la réponse est “PARTOUT ET TOUT LE TEMPS”.

La vraie question est le « QUOI », le « COMMENT » et de plus en plus…le « POURQUOI » car le sens et l’utilisation de la formation évolue.

>Quoi ?

Et si apprendre n’était pas le sujet en fait ?

Et si c’était d’abord une question de quoi apprendre ?

Je vous rappelle que coder n’est toujours pas une discipline officielle de l’école alors qu’aujourd’hui cette capacité devient de plus en plus importante, notamment dans l’entrepreneuriat.

Ne faudrait-il pas apprendre à :

  • Capter les tendances
  • Raconter des histoires
  • Prendre des risques
  • Prototyper une idée à la volée
  • Désapprendre
  • L’empathie et la concentration
  • Comprendre son cerveau
  • Collaborer à distance
  • Devenir iconoclaste
  • Prendre confiance en soi
  • Développer son esprit critique
  • Développer sa pensée latérale
  • L’Esprit Design
  • Le Datamining
  • La Résilience

Surtout que l’apprentissage devient une question d’équilibre : Nous devrions apprendre tout et son contraire: Former l’ingénieur à la peinture, le commercial au design, le chercheur à la musique musiciens…

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Et pourquoi ne pas apprendre des choses que vous n’avez pas demandé. Imaginez, vous êtes convoqué à une formation d’une journée sans savoir à l’avance ce que vous allez apprendre. Ca pourrait être..intéressant non ?

Pourquoi TED et Tribe to be Inspired ne donnent pas la liste de leurs intervenants en réduisant leur contenu en une phrase : voyager léger, nouvelles frontières, avoir moins pour être plus… ?

Pour ne pas rebuter les particpants qui seront inspirés par quelqu’un qu’ils auraient peut être jugé à l’avance comme inintéressant car trop éloigné de leurs centres d’intérêt.

Institutionnalisons cette pratique à la formation !

>Comment ?

En  social lerning, en e-learning, en blended, en présentiel ? Avec des Mooc, des Cooc ou avec un Book ?

J’adore l’approche à la sauvage de Tim Ferris qui semble avoir été martyrisé tout petit par la loi de Paretto et qui voit aujourd’hui tout par le filtre du 20/80 : 20% de vos clients apportent 80% de votre chiffre d’affaires : Virez 80% de vos clients.

20% du vocabulaire d’une langue suffit pour communiquer : Apprenez une langue en 1 mois.

C’est le roi du « Rapid Learning ».

Le comment se pose aussi en entreprise mais cette fois-ci pas dans le sens « comment apprendre » mais comment rendre l’entreprise « apprenante »… pour reprendre ce terme à la mode dans les années 90.

Pour cela, il faut repositionner les rôles en arrêtant de séparer le rôle de formateur de celui de stagiaire. L’entreprise d’aujourd’hui ne peut plus se permettre de garder ces rôles séparés et chaque collaborateur doit avoir sur le sujet trois objectifs à remplir :

  • Apprendre : Amener ses doléances au service formation ne suffit plus ! Selon l’approche constructiviste, chacun doit proposer son parcours de formation en mixant les approches gratuites (Mooc, Youtube, blogs, conférences) et payantes (formation, séminaires).
  • Enseigner : Pour alimenter les approches gratuites de la formation, chaque collaborateur doit pouvoir aussi être un expert / formateur interne ou au minimum orienteur sur les sujets qu’il maitrise pour faire gagner du temps à ceux qui souhaitent se former dans sa spécialité.
  • Donner : De façon ponctuelle le collaborateur peut aussi donner de son temps pour partager ses connaissances en dehors d’un transfert de compétences. Le comptable d’origine chinoise (ceci est un exemple) peut donner un coup de main à la traduction d’une brochure marketing. Le dessinateur peut devenir « scriber » pour assurer la facilitation visuelle d’une réunion…

Et là, vous remarquez que la  formation n’est plus une gestion de ressources et de catalogue de formation mais de gestion du temps des collaborateurs pour que chaque semaine ils puissent remplir ces 3 rôles : apprendre; enseigner, donner.

Un petit clin d’oeil aux « Scribers » de BNPParibas.

>Pourquoi ?

Et oui, pourquoi apprendre ? Apprendre n’est plus le seul objectif d’une formation. Regardez les école de commerce. C’est aussi pour se faire des amis et faire la fête.

Il devient de plus en plus évident que la formation participe surtout à l’ouverture de l’horizon professionnel des collaborateurs.

Apprendre consiste désormais à :

Responsabiliser : Comme dans l’entreprise Lippi où les collaborateurs sont libres de choisir la formation de leur choix à condition de la rapprocher à posteriori avec les métiers de l’entreprise.

Réduire le stress : En arrêtant de faire les choses à l’envers et en validant les appétences (talents) avant les compétences – c’est à dire en vérifiant que les stagiaires peuvent et veulent suivre une formation – et en alignant ces appétences avec les emplois.

Réapprendre à travailler ensemble : si vous avez un formateur de qualité, l’information est délivrée de façon collaborative. Brainstorming, World café….les méthodes de développement de l’intelligence collective sont maintenant répandues.

Construire un team d’experts : celui-ci je ne l’avais pas vu venir mais la formation peut aussi permettre de créer une équipe de consultants internes façon « Brain trust » de Pixar.

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Pour conclure, parce qu’après tout ceci n’était qu’une intervention de lancement, j’aimerai m’arrêter sur une citation de Claude Monet ».

 » Tandis que vous cherchez philosophiquement le monde en soi, j’exerce simplement mon effort sur un maximum d’apparences, en étroites corrélations avec des réalités inconnues.  »

Je ne suis pas sur de ce qu’il a voulu dire, ni en quoi ça a un rapport avec le sujet mais en attendant je pense plutôt le contraire. Ne nous laissons pas détourner par l’apparence et toutes ces images éphémères qui se partagent sur les réseaux sociaux.

Ces images sont secondaires et sans pencher pour la philosophie intérieure, formons-nous à ce qui dans le monde d’aujourd’hui résonne avec nos talents individuels.

« Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi ».

N’est-ce pas ?

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